Aujourd'hui planète inconnue on vous embarque dans le témoignage passionnant d'un étudiant chercheur de ISAE sup-aéro ! (Images générée par intelligence artificielle, représentation fictive d'un équipage)

26 jours sur Mars… sans quitter la Terre 🌎

Dans les coulisses de la mission MDRS 330 avec Julien, scientifique de l’équipage

  • 🧑🏼‍🚀 À quoi ressemblerait une journée sur Mars ?
  • 🧑🏼‍🔬 Comment travailler, faire de la science et surtout… vivre ensemble pendant plusieurs semaines dans un environnement isolé et confiné ?

Pour tenter de répondre à ces questions, des équipages participent à des simulations de missions martiennes au sein de la Mars Desert Research Station (MDRS). Julien (un étudiant chercheur) a eu l’occasion de vivre cette expérience pendant 26 jours, au sein de l’équipage MDRS 330, dans le cadre de ses activités à l’ISAE-SUPAERO.

Aujourd'hui, il nous raconte son expérience, son quotidien, les difficultés rencontrées sur le terrain et ce que cette simulation lui a appris sur les futures missions humaines vers Mars.

1) Un scientifique au cœur de la mission 🧑🏼‍🔬

Au sein de l’équipage MDRS 330, Julien occupait le rôle de scientifique. Une responsabilité qui ne consistait pas uniquement à mener des expériences, il devait également garder une vision globale du programme scientifique de la mission.

Avant même d'arriver dans la station, son travail avait déjà commencé. Il fallait notamment vérifier que les protocoles expérimentaux étaient réalisables et préparer les dossiers nécessaires à la validation des expériences impliquant les facteurs humains.

Mais dans une mission de ce type, chacun doit mettre la main à la pâte. Recherche de sponsors, logistique, communication et vulgarisation scientifique faisaient également partie de l'aventure.

2) Une fois dans la station, les journées étaient particulièrement rythmées. 🧑🏼‍🚀

«« Nous nous levions vers 7h et collections des données physiologiques. Ensuite, nous enchaînions avec sport, petit-déjeuner et briefing. »»

Puis venait le travail scientifique. Une partie de l'équipage pouvait sortir de la station pour réaliser des expériences de terrain, tandis que les autres poursuivaient leurs activités à l'intérieur.

L'après-midi était consacrée aux différents projets, jusqu'à environ 17h. Après plusieurs questionnaires et protocoles expérimentaux, une fenêtre de communication permettait enfin de reprendre contact avec les équipes restées sur Terre.

«« Nous avions une fenêtre de communication de 19h à 21h durant laquelle nous pouvions simplement envoyer des mails aux chercheurs et à l'équipe qui nous soutenait depuis Toulouse. »»

Et la journée n'était pas encore terminée, le dîner était vers 21h, puis un peu de temps libre avant le sommeil. Le tout six jours sur sept.

Construire un rover… et le faire fonctionner ⚙️

Parmi les expériences réalisées pendant la mission, l'une d'entre elles s'est révélée particulièrement complexe : le projet SupaeroMoon.

L'objectif ? Imprimer un rover directement sur place grâce à une imprimante 3D, l'assembler, puis le tester dans les conditions de la mission.

Sur le papier, l'idée paraît relativement simple. Dans la réalité, les problèmes se sont rapidement accumulés, impression, assemblage et opérations de terrain ont rendu l'expérience particulièrement exigeante.

«« Nous avons eu pas mal de problèmes d'impression, de montage et d'opérations pour tester le rover. »»

Finalement, l'équipe est parvenue à terminer l'expérience… mais de justesse.

«« Nous n'avons pu finaliser cette expérience de terrain que 24h avant la fin de la mission. »»

Une situation qui illustre parfaitement l'un des enjeux des missions, lorsqu'on est isolé, chaque problème technique prend une autre dimension.

Le défi le plus difficile : vivre ensemble 👫

Pour Julien, cependant, la difficulté principale n'était peut-être pas technique.

«« C'est l'exercice le plus difficile. »»

Vivre pendant 26 jours dans un espace restreint, avec les mêmes personnes et selon un programme très chargé, demande une préparation particulière.

L'équipage avait heureusement passé plus d'un an à préparer la mission. Cette longue période avait permis aux membres de l'équipe d'apprendre à se connaître, mais aussi à comprendre comment travailler ensemble.

Une fois dans la station, la communication est restée essentielle. Les membres de l'équipage échangeaient régulièrement pour identifier ce qui pouvait être amélioré dans leur manière de fonctionner collectivement.

Le sport jouait également un rôle important, tout comme la possibilité de s'isoler temporairement.

«« Nous avions l'opportunité de passer un peu de temps seuls également, que ce soit dans notre chambre ou dans un autre module quand nous avions besoin de recharger nos batteries sociales. »»

📖 Et il y avait aussi l'écriture.

«« Cela nous a tous permis de poser nos pensées et de mieux gérer le confinement strict. »»

Dans une future mission martienne, ces aspects pourraient devenir aussi importants que les expériences scientifiques elles-mêmes.

Mars est encore loin 🚀

Après avoir vécu cette simulation, Julien porte également un regard plus concret sur les difficultés qui attendent les futures missions humaines vers Mars.

Pour lui, l'arrivée de l'être humain sur la planète rouge reste encore lointaine. La distance et la durée du voyage représentent notamment un défi psychologique majeur.

«« L'aspect psychologique est définitivement complexe, puisque le voyage dure environ 9 mois pour s'y rendre et que les astronautes n'auront pas grand chose à faire pendant ce temps-là. »»

Les missions analogues comme celle de la MDRS permettent justement d'explorer certaines de ces problématiques, tester des protocoles, observer les interactions humaines, expérimenter des technologies et comprendre comment un équipage peut fonctionner dans un environnement isolé.

Mais elles rappellent aussi une chose essentielle, simuler Mars sur Terre ne signifie pas que nous sommes déjà prêts à y vivre.

Il reste encore énormément de questions à résoudre avant qu'un équipage puisse réellement entreprendre le voyage vers la planète rouge.

Et peut-être que la première étape pour préparer ce futur consiste justement à apprendre à vivre ensemble, à résoudre les problèmes lorsque tout ne se passe pas comme prévu… et à continuer à faire de la science, même lorsque Mars est encore à des millions de kilomètres.

Merci à Julien pour son témoignage et pour ce regard de l'intérieur sur la mission MDRS 330.