Il y a de plus en plus de femmes astronautes... Mais que c'est ton vraiment des impacts de la pesanteur sur la morphologie féminine ?
🧑🏼🔬 Avoir ses règles dans l’espace, que se passe-t-il vraiment en apesanteur ?
Quand on pense aux astronautes, on imagine facilement les combinaisons, les expériences scientifiques ou les repas lyophilisés. Mais il existe un sujet beaucoup moins souvent évoqué, le cycle menstruel.
Et pourtant, elles concernent une partie des personnes qui voyagent dans l’espace depuis plusieurs décennies.
- 🧑🏼🚀 Alors… que se passe-t-il lorsqu’on a ses règles en apesanteur ?
- 🩸Est-ce que le sang « coule » normalement ?
- 🧑🏼🔬 Est-ce que le cycle menstruel est perturbé ?
- 💊 Et pourquoi les astronautes utilisent-elles souvent une contraception hormonale pour supprimer leurs règles ?
La réponse la plus honnête est assez surprenante, on ne sait pas encore très bien 🤷🏼.
🧑🏼🔬 Un sujet étonnamment peu étudié
Plus d’une centaine de femmes ont déjà voyagé dans l’espace, mais les recherches consacrées spécifiquement aux menstruations en microgravité sont extrêmement rares. Une revue systématique publiée en 2024 n’a trouvé que 16 études humaines portant sur la santé reproductive en lien avec le voyage spatial ou ses simulations, dont seulement cinq incluant des participantes. Les auteurs concluent qu’il existe encore d’importantes lacunes dans nos connaissances.
Et il faut faire une distinction importante, la santé reproductive féminine a bien été étudiée, notamment avec des études sur les hormones, les ovaires, l’utérus ou la fertilité. Mais étudier directement le phénomène des règles en microgravité est une autre question.
Pourquoi cette absence de données ? En partie parce que les astronautes ont généralement la possibilité de supprimer leurs menstruations pendant les missions.
🧑🏼🚀 Alors, les astronautes ont-elles leurs règles dans l’espace ?
Oui, c’est possible. Mais beaucoup choisissent de ne pas les avoir pendant leur mission.
La contraception hormonale, notamment la pilule combinée, peut être utilisée de manière continue afin de supprimer les menstruations. Une revue consacrée spécifiquement à la gestion du cycle dans l’espace indique que la majorité des astronautes féminines ont historiquement utilisé une méthode hormonale pour contrôler ou supprimer leur cycle, même si cette pratique n’est pas universelle.
Ce choix peut avoir des avantages très pratiques, moins de produits hygiéniques à stocker, moins de déchets à gérer et moins de contraintes pendant une mission où chaque ressource doit être soigneusement planifiée.
Mais cela crée aussi un problème scientifique, si presque personne n’a ses règles pendant une mission, comment étudier ce qui se passe lorsque les règles ont effectivement lieu en microgravité ?
C’est un peu le serpent qui se mord la queue.
🧑🏼🔬 Mais que savons-nous quand même ?
Certaines recherches permettent déjà d’avoir quelques indices.
Des expériences réalisées sur Terre dans des conditions simulant certains aspects de la microgravité, comme l'immersion sèche (« dry immersion »), ont montré des modifications de certaines hormones impliquées dans le cycle menstruel, notamment une diminution de la LH et de la progestérone. En revanche, la durée du cycle menstruel n’a pas été modifiée après quelques jours de ces simulations.
Il existe également des expériences réalisées sur des souris exposées au vol spatial. Des chercheurs étudient notamment les ovaires, l’utérus, les follicules et l’expression de certains gènes afin de comprendre comment l’environnement spatial peut affecter le système reproducteur féminin.
Mais attention ! Une souris n’est pas une femme, et une simulation de microgravité sur Terre n’est pas équivalente à plusieurs mois dans l’espace. Ces travaux nous donnent donc des pistes, pas encore des réponses définitives.
🩸 Et le sang menstruel en apesanteur ?
C’est probablement l’une des questions les plus intrigantes.
Sur Terre, la gravité participe au comportement des fluides. En microgravité, elle ne joue plus le même rôle. On ne peut donc pas simplement supposer que les fluides menstruels se comporteraient exactement comme sur Terre.
Cela soulève des questions très concrètes :
- 🩸 Comment le liquide menstruel se déplace-t-il ?
- 🧑🏼🔬 Comment les différents produits hygiéniques fonctionnent-ils ?
- 🧑🏼🚀 Y a-t-il des problèmes particuliers liés à la gestion des déchets ou à l’hygiène ?
Et surtout, nous manquons de mesures directes chez l’être humain.
🧑🏼🔬 2027 : une mission spécialement consacrée aux menstruations
C’est justement ce qui rend une mission annoncée pour 2027 particulièrement intéressante.
L’initiative Operation Period prévoit une mission appelée OP-01 , avec Virgin Galactic, consacrée spécifiquement à l’étude de la santé menstruelle et de la dynamique des fluides menstruels en microgravité. La mission doit être menée lors d’un vol suborbital et devrait notamment étudier le comportement des fluides menstruels ainsi que les performances de produits menstruels dans cet environnement.
Selon les informations actuellement publiées, la mission devrait être dirigée par les chercheuses Manju Bangalore et Priya Abiram. Virgin Galactic et Operation Period la présentent comme la première mission spatiale spécifiquement dédiée à l’étude des menstruations en microgravité.
Évidemment, un vol suborbital ne permettra pas de répondre à toutes les questions. La microgravité y dure beaucoup moins longtemps que lors d'un séjour sur la Station spatiale internationale. Mais ce sera déjà une étape importante, obtenir enfin des données expérimentales directement consacrées aux menstruations en microgravité.
🤷🏼 Mais... Pourquoi est-ce important ?
Parce que l’avenir de l’exploration spatiale pourrait être très différent des premières décennies.
Les missions vers la Lune, les futures missions martiennes et le développement du vol spatial commercial impliquent potentiellement des équipages plus diversifiés et des séjours beaucoup plus longs.
Dans ce contexte, il ne suffit plus de savoir comment envoyer des humains dans l’espace. Il faut aussi comprendre comment fonctionne l’ensemble du corps humain dans cet environnement.
Et cela inclut également les règles.
L’objectif n’est pas de dire que les femmes « ne sont pas faites » pour aller dans l’espace. Au contraire, des femmes y vont depuis des décennies. Le problème est plutôt que certaines questions concernant leur physiologie ont été beaucoup moins étudiées. Une revue publiée en 2024 souligne d’ailleurs que les particularités physiologiques féminines restent encore insuffisamment définies dans le contexte spatial.
Et finalement, c’est peut-être là que se trouve le véritable intérêt de cette recherche, permettre aux futures astronautes de choisir.
Une personne pourra peut-être décider de supprimer ses règles pendant une mission… ou de ne pas le faire, sans que ce choix repose simplement sur un manque de données.
Après tout, si nous voulons un jour vivre plusieurs mois ou plusieurs années loin de la Terre, il faudra bien comprendre comment le corps humain fonctionne là-haut.
Même lorsqu’il s’agit de quelque chose d’aussi banal, et pourtant encore étonnamment tabou, que les cycles menstruels.